Le FIGARO - Corinne Paolini -

RANDONNÉES avec des ânes de bat pour équipiers
 ALPINES

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 Villeneuve-d'Entraunes.

Les poignées de main sont chaudes dans la fraîcheur matinale. En bonne hôtesse de montagne, amicale, complice, Christine Kieffer présente les uns, mordus de « rando », aux autres, néophytes enthousiastes. Tous sont disposés à la découverte, au plaisir de la balade, aux promesses de la table!

Tracée au coeur de la haute vallée du Var (le fleuve qui coule dans les Alpes-Maritimes entre gorges déchirées et alpages d'azur, la « tournée des gais lurons » s'annonce comme une fête. Briefing à la fontaine les gourdes se remplissent d'une eau pure,abondante, les sacs s'équilibrent, les chaussures se lacent souples.

Ainsi paré, le groupe s'achemine vers le point (le départ. en pleine foîrêt où attendent impaticmment Ouzo (le nerveux), Colombo (le sage) et Marquis (le noble). A moins qu'ils ne chassent quelques mouches importunes, les trois ânes nous saluent d'un hochement de tête.

 

Compagnons de route sociables « et à l'expérience éprouvée », ajoute Christine. J'apprends qu'ils ne porteront que nos sacs. « Ce ne sont pas des chameaux », s'amuse Gérard, son époux et notre guide.
« De toujours, l'âne porte le fardeau de l' homme. Notre corps n'est pas un fardeau, tout de même! Le propre du randonneur est de se prendre en charge. "

DEJEUNER SUR L'HERBE


Première leçon du jour. Autant mettre ses douillettes habitudes en veilleuse. A l'heure où l'authenticité se soumet à la mode, la randonnée de bât marque le retout à une autonomie naturelle, à un tourisme vrai ; les gestes les plus simples, comme poser un pied devant l'autre, retrouvent leur grandeur.
Ainsi la caravane se forme, prend son rythme et s'enroule elle un serpent docile autour des chênes verts.

 

       
  Au programme cinq heures de marche, avec un dénivelé cie quatre cents mètres, à boucler d'ici ce soir. Allègre ! Et pourtant, après une heure d'ascension, une première halte s'impose. Echange d'impressions. vérifications du chargement. Puis le convoi repart, substituant au bavardage le silence de l'effort. Tandis qu'apparaissent les premières fleurs sauvages
- des myosotis, au mauve délicat, des boutons d'or éclatant de soleil - nous laissons derrière nous
  ruisseaux, escarpements et failles minérales, pour atteindre une immense clairière tapissée de narcisses. Déjeuner sur l'herbe concocté par Christine tourte aux blettes, taboulé aux sanguins, yaourt maison aux groseilles fraîches. "Un en-cas! dit-elle, lèger, savoureux, arrosé d'un petit vin magique dont il vaut mieucx se méfier si on veut repartir . Pendant ce temps, les bêtes se régalent d'un carré d'herbes alpines, l'oreille attentive aux louanges de leur maître. 

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