Ali Habib
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Le tourisme crée une nouvelle microéconomie autour de l'âne  
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Le tourisme crée une nouvelle microéconomie autour de l'âne
L'élevage de ce vieux serviteur de l'homme, qui a failli disparaître avec la mécanisation de l'agriculture, connaît un renouveau spectaculaire. De bête de somme, Cadichon devient accompagnateur de randonnées.

Longtemps compagnon des plus humbles ­ n'était-il pas qualifié de "cheval du pauvre" ? ­, l'âne a toujours été assimilé à leur misère.    
 
 Il en a tiré une réputation peu flatteuse mais imméritée, soulignent ceux qui aujourd'hui s'attachent à faire revivre son élevage. Tous s'inscrivent en faux contre ses supposés entêtement, manque d'intelligence, couardise, méchanceté...

D'autant que, paradoxalement, à l'instar du cheval de trait, il véhicule aussi une image positive ­ on l'aime d'abord parce qu'il ne fait pas peur ­ à forte connotation populaire, faite de souvenirs ou de lectures d'enfance. Des Mémoires d'un âne de la comtesse de Ségur au Voyage avec un âne dans les Cévennes de R.-L. Stevenson en passant par le délicieux Mon âne et moi de l'Espagnol Juan Ràmon Jirez (Prix Nobel de littérature en 1956), beaucoup d'uvres l'ont célébré.

Menacé de totale disparition, avec la mécanisation des campagnes, le cheptel asinien étoffe de nouveau ses effectifs depuis deux décennies.

Selon Agreste, la revue des

 

statistiques du ministère de l'agriculture, le nombre des ânes, mulets et bardots est passé, entre 1988 et 2000, de 12 000 à 30 000 (ils étaient 400 000 au début du XXe siècle).

Tout comme pour les chevaux, cette lente remontée doit beaucoup à l'actuel engouement du grand public pour les vacances vertes et les randonnées. Désormais, l'âne n'est plus considéré comme une bête de travail, mais comme un "support" des activités de loisirs, voire comme un animal de compagnie.

L'âne peut être bâté (pour porter des bagages), monté, attelé pour les débardages du bois dans les zones d'accès difficile ou pour des labours dans les petites parcelles. Il peut servir à l'animation dans un parc animalier et pour les manèges, ou d'instructeur équestre auprès des jeunes enfants. Il peut même, assure-t-on, être employé comme... gardien de troupeau de moutons : sa vigilance instinctive fait merveille pour écarter chiens errants et petits prédateurs.

Pour sa polyvalence et pour son caractère tranquille ­"un âne s'éduque, il ne se dresse pas" ­, éleveurs, particuliers, associations sont de plus en plus nombreux à le réhabiliter et à l'insérer dans les circuits de l'économie locale.

VALORISATION DU PATRIMOINE

"Nous avons 25 ânes en tournée, chaque jour, au plus fort de la saison estivale, entre le 15 juillet et le 20 août, à raison de sept à huit personnes par animal"

, se réjouit Christian Brochier, éleveur et loueur d'ânes depuis dix-huit ans, au hameau de

 

Castagnols, tout près de Vialas (Lozère), dans le parc national des Cévennes. A la tête de Genti'âne, il assure tout au long de l'année gîte, couvert et randonnées pour une clientèle française et européenne, souvent familiale.

"Un couple d'Allemands est venu treize années consécutives ! J'arrive à vivre, explique-t-il, sans autre revenu que ce que m'apporte l'élevage de mes 33 ânes, leur location et l'organisation des randonnées. J'ai de 1 500 à 2 000 clients par an qui, en passant de gîtes d'étape en tables d'hôtes, en campings et en hôtels, contribuent à entretenir l'économie locale et à faire vivre ainsi le pays qui renaît grâce à ce tourisme rural."

Bien plus au nord, les créateurs de l'association Escap'âne, fondée en 1999 à Ergny, petite commune du Pas-de-Calais, ont opté, eux, pour une formule originale d'insertion des handicapés par le tourisme de proximité. Accompagnées ou portées par un âne, les personnes à mobilité réduite peuvent randonner en famille et découvrir la campagne. De simples activités, certes, mais le plus souvent inaccessibles pour ce genre de public.

L'association propose, depuis un an, des randonnées en circuits repérés et balisés, ouvertes aux familles, centres aérés, instituts médico
-éducatifs... En relation avec des psychomotriciens, un programme d'équithérapie pourrait voir le jour, qui mettrait à profit la relation particulière avec l'âne et offrirait une voie d'insertion à des personnes handicapées mentales.
Escap'âne travaille également avec le réseau Accueil paysan, qui valorise les produits du terroir : "Au travers de

 

randonnées à thèmes, qu'elles soient gourmandes, sur le patrimoine de proximité ou sur l'environnement, nous servons à la promotion de la production du pays et à la connaissance de ses richesses...", souligne Bastien Robillard, l'un des animateurs de l'association.

Malgré ce retour en grâce, rien n'est joué pour notre aimable bourricot. Les six races reconnues officiellement en France (l'âne de Provence, du Cotentin, des Pyrénées, le grand noir du Berry, le baudet du Poitou et l'âne normand) sont encore menacées. Aussi font-elles l'objet de soins attentifs tant au niveau des Haras nationaux qu'à celui de l'Asinerie nationale de Saintes (Charente-Maritime).

Bernard Biteau, chargé de mission au Conservatoire des ressources génétiques du parc interrégional du Marais poitevin, travaille sur l'insémination artificielle des ânesses. Pour lui, "si le cheptel global augmente, pour certaines races, hélas, il diminue d'année en année. L'engouement du public pour l'âne a du bon, mais, pour les races pures, il représente, a contrario, un danger avec la dispersion des individus à travers le monde alors que l'on ne maîtrise pas encore la reproduction à distance des femelles, peu fécondes dans ce cas".

Pierrick Vincent, de l'Asinerie nationale poitevine, est, lui aussi, passionné par la génétique et par le monde asinal. "Le jour, dit-il, où l'on maîtrisera la fécondation, cela sera intéressant d'aller récolter les semences dans le monde pour sauvegarder définitivement les espèces et satisfaire ainsi les politiques qui nous aident et les éleveurs qui sont à l'origine de la dynamique qui nous pousse dans nos recherches."

           

Ali Habib

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