ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 19.07.02
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   AUBENAS (ARDÈCHE) de notre correspondante
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"This is a donkey, ceci est un âne. Ou plutôt une ânesse. The females are sweeter than the males", articule consciencieusement André Guérin, avec un français mâtiné d'un anglais scolaire.    
 
 Face à lui, des Danois et des Belges, en tout onze personnes, qui, dans moins de deux heures, quitteront Usclades-et-Rieutord, petite commune d'une centaine d'âmes, pour une semaine de périple au cur du plateau ardéchois.

André Guérin continue ses mises en garde, explique qu'un âne a besoin de tendresse, cinq minutes de câlin quotidien, d'un minimum de soins ; bref, qu'il faut bien le considérer comme un compagnon de route intelligent.

Vient ensuite le moment de fixer le bât sur le dos de l'équidé. Aujourd'hui, ce sont trois ânesses de Provence qui escorteront ces randonneurs : elles assureront le transport des bagages, voire celui des enfants.

Car l'une des priorités chez les parents randonneurs est la relation ludique,affective qui va s'établir entre l'animal et leurs enfants. De quoi stimuler les plus jeunes d'entre eux, pas toujours friands de marche à pied. Autre motivation pour ces touristes étrangers, l'envie de vacances hors des

 

sentiers battus, loin de la foule : "L'année dernière, raconte Geert, originaire de Bruges, nous sommes partis sur une île de la Méditerranée. Il y avait trop de monde, nous n'avons pas pu nous reposer." Même discours du côté de cette mère danoise : "Nous avions envie d'autre chose, de nous retrouver en famille, au milieu de la nature. Nous avons parcouru 1 700 km avant d'arriver ici."

"Notre clientèle est composée à 50 % d'étrangers qui vivent dans des pays plats où la densité de population oscille entre 300 à 400 habitants au km2. Ici, elle est de l'ordre de 8 habitants au km2, alors même si on triple l'été, imaginez leur bonheur de se retrouver seuls face à de superbes paysages", confirme l'organisateur.

Ces touristes ont choisi de parcourir un circuit défini avec une moyenne de quatre heures de marche par jour. Gîtes, repas, pique-niques, tout est prévu avec quelques surprises à la clef :
nuit dans une école, dîner chez une famille traditionnelle ...L'agence propose une seconde formule moins onéreuse et davantage prisée des Français  : un itinéraire en "kit" avec réservations chaque soir pour l'étape suivante.

 

André Guérin planifie ce genre de séjours depuis vingt-quatre ans. C'est en 1975 que ce Parisien s'est installé avec sa femme et ses trois filles dans la cure d'Usclades, réussissant la gageure d'y créer une agence de voyages, La Burle, qui emploie aujourd'hui six permanents et huit saisonniers. "A l'époque, on nous a pris pour des fous. En 1978, c'était le centenaire de Stevenson, je cherchais un concept original à développer. J'ai été le premier en France à avoir l'idée de ces randonnées avec des ânes bâtés. Au début, on a galéré, impossible de trouver le bon harnachement. Maintenant, nous fabriquons nous-mêmes les bâts et achetons les poches pour les bagages dans un village du sud de l'Ardèche."

En 1998, après vingt ans de vie associative, La Burle est devenue une société coopérative de production (SCOP) qui a fortement développé le secteur

tourisme international et affiche un chiffre d'affaires de 1,9 million d'euros. La partie âne représente le douzième du chiffre d'affaires, soit 150 000 euros.
Après des années de mise à l'écart, l'âne a de nouveau le vent en poupe : certaines variétés valent jusqu'à

 

1 500 euros et sont très recherchées par les collectionneurs. Mais l'âne a aussi réussi son retour en grâce chez les particuliers, propriétaires de résidences secondaires : il assume parfaitement les fonctions d'une débroussailleuse. Plus silencieux et moins fatigant qu'une tondeuse...

Propriétaire d'une dizaine de baudets dont quatre ânesses noires du Berry, André Guérin reste très attaché à cette activité, qui attire chaque année près de 400 personnes sur le plateau ardéchois et entraîne dans sa dynamique 35 partenaires chargés de l'accueil ou de l'animation.

Et puis, au-delà des chiffres, il y a la satisfaction de ses clients. "Tout concourt à la réussite du séjour : la diversité et la beauté des sites traversés (lacs, volcans, forêts...), la qualité de la nourriture et de l'hospitalité, enfin la possibilité pour les randonneurs de continuer à marcher quand ils deviennent parents. On a un taux de contentement incroyable ! Dans les Cévennes, à 30 kilomètres d'ici, il y a un siècle, Stevenson a ouvert la voie : à nous de la prolonger."

 
               
       

 Carole Dumas
· ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 19.07.02

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