LE COIN des CONTES et LEGENDES

 Conte Alsacien - moyen âge

LE VALET CHANGÉ EN ANE

 

Près de Saverne une veuve possédait un grand moulin.Elle avait une fille unique,jeune et belle.Le valet du moulin, un jeune homme alerte, fort et gai , l'aimait et il pensait bien l'épouser un jour.
Il s'aperçut que plus d'une fois la mère et la fille partaient au début de la nuit et ne revenaient qu'à l'aurore.Tourmenté par la jalousie ,il résolut de les surveiller.Un soir il se cacha sous le lit de la meunière et attendit .Celle-ci se coucha d'abord , puis , au bout d'un certain temps , elle se leva , alla à l'armoire et prit un petit pot.La jeune fille vint également;les deux femmes se frottèrent de pommade , murmurèrent quelques paroles , et aussitôt elles disparurent dans la cuisine et il n'entendit plus rien.

   
A son tour il sortit de sa cachette , prit le pot , se frotta également et murmura les mêmes paroles.Soydain,il se sentit poussé irrésistiblement vers la cuisine, vers la cheminée et soulevé du sol.Il ne savait pas ce qui lui arrivait,ni ce qu'il devait faire,il passa par la cheminée et vola à travers l'air à une vitesse vertigineuse, si bien qu'il crût en perdre les sens.
Puis il sentit de nouveau la terre sous ses pieds.Mais ,quand il regarda autour de lui,il se trouvait sur le Bastberg au milieu des sorcières qui accoururent vers lui,le saisirent et voulurent le mettre à mort.A son grand effroi il reconnut parmi ellesla veuve et sa fille.Cette dernière intervint auprès des autres en sa faveur , de sorte qu'elles lui laissèrent la vie, mais le changèrent en âne.La jeune fille ,qui aimait le jeune homme, eut tout juste le temps de lui souffler:
-Tu seras délivré quand tu boiras de l'eau bénite.
Le matin , l'âne voulut courir vers une église, mais il fut pris par un paysan qui ne le lâcha plus, qui le fit travailler durement et l'attacha serré.Il devait porter les fardeaux les plus lourds, il eut peu à manger mais par contre beaucoup de coups.
Au bout d'une année seulement, par une belle après-midi d'été, l'âne put s'échapper et il vit la porte de l'église ouverte.Il se faufila à l'intérieur,qui était désert en ce moment, s'approcha en toute hâte d'une vasque contenant de l'eau bénite et but à grands traits.Aussitôt l'âne fit place au valet du moulin, et un jeune homme beau et heureux sortit tout fier de l'église
Il ne retourna cependant pas au moulin où habitait la sorcière et sa fille et il arracha de son coeur ce premier amour qui l'avait fait aller au Bastberg et transformé en âne.

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 Conte contemporain : L'âne de Nazaire
(Paul Arène Poëte Sisteronnais du 19è siècle)

 

         On sait combien les ânes tiennent à leurs habitudes et quelle force de volonté, fermement vissée réside entre leurs gros yeux veloutés et ronds.
         L'âne en question était sur ce point remarquable entre tous les ânes.
         Laborieux et r
ésigné, mais laborieux par raison et résigné d'après je ne sais quelle mystérieuse logique spéciale aux ânes, il portait le faix sans bouder, que ce fût semence ou légumes, à la condition toutefois que le poids ne dépassât pas un maximum qu'il s'était fixé à lui-même. Pour une once de plus, il se couchait jusqu'à ce qu'on l'eût allégé de ce qui, d'après ses calculs d'âne, lui paraissait être de trop.
        

 
 L'âne appartenait à un certain M. Nazaire, ennemi né des collégiens, - son jardin se trouvait voisin du préau où nous prenions nos ébats, - et surnommé par nous Nazaire-Lunette parce que, ancien commissaire de la marine, on le voyait parfois au plus haut de son logis inspecter l'horizon à l'aide d'une lunette d'approche.
         Cet âne, entre autre originalités, avait une singulière manie. Etait-ce instinct de propreté ou malicieuse taquinerie ? je l'ignore ; mais jamais il n'avait pu se décider à laisser dans l'écurie, comme généralement font les ânes, l'excédent de ses digestions. Il lui fallait le grand air, l'aspect de la rue.
         Qu'il se fût, la veille, bourré de chardons en allant aux champs ou qu'il eût mélancoliquement broyé devant sa mangeoire la paille hachée grossier qui sert d'avoine aux pauvres ânes, aussitôt l'écurie quittée, aussitôt le seuil de la maison franchi, il s'ébrouait, levait la queue et l'économe M. Nazaire, armé d'une pelle et d'un balai, s'empressait de ramasser le petit tas d'excellent fumier pour en fertiliser son jardin.
         Les choses marchaient ainsi depuis lo
ngtemps, quand le conseil municipal ayant découvert un grand homme et voulant lui élever une statue, eut besoin d'argent et délibéra pour mettre en adjudication le balayage de la ville.

      L'adjudication eut lieu. Un paysan des bas quartiers fut nommé balayeur en chef ; et dès lors ce fût, au sujet de l'âne, entre ce paysan et M. Nazaire, une guerre de tous les jours.
         Car M. Nazaire voulait comme jadis, garder pour lui le précieux crottin provenant en somme de son âne, tandis que le balayeur,
fort de son privilège, prétendait, non sans raison, que d'après le cahier des charges, tout fumier, par le seul fait de toucher le pavé de la ville, devenait sa légitime propriété.
         Il fallut aller en justice, et ce samedi-là nous manquâmes l'école.
         Je vois encore l'air perplexe du bon M. Trotabas, le juge, se grattant le menton et s'emplissant le nez de tabac pour mieux éclaircir ses idées, tandis qu'à grand renfort d'injures, de serments et d'apostrophes indignées, M. Nazaire et le balay
eur essayaient de faire valoir leurs raisons.
              - "Le fumier m'appartient, disait M. Nazaire, puisqu'il est fabriqué par mon âne, avec mes chardons et ma paille."
              - "Il m'appartient à moi, répliquait le balayeur, j'ai droit sur tout ce qui tombe dans la rue."

La question était délicate et M. Trotabas hésitait. Pourtant le sentiment public, je dois le dire, était plutôt favorable au balayeur.
         A la fin M. Trotabas, après une dernière prise, fit faire silence et jugea :
     
         - "Ecoute, Nazaire, tu n'as pas tort et le balayeur a raison. Il convient donc d'arranger les choses. Agissez en frères, partagez l'objet du litige. Le crottin des jours pairs sera pour toi, Nazaire, et celui des jours impairs pour le balayeur."
         La devise de chez nous est : "Tout ou rien" ; d'un commun et touchant accord, Nazaire et le balayeur refusèrent.
              - "Alors en ce cas, puisque l'arrangement est impossible, je donne gain de cause au balayeur. Seulement, un conseil, ajou
ta M. Trotabas, qui était le plus conciliant des hommes, raisonne ton âne, Nazaire, décide-le à faire dedans ce qu'il à coutume de faire dehors, les ânes sont parfois moins têtus que certains plaideurs et se rendent à une bonne parole. Si d'ailleurs, l'âne s'obstinait, tu pourrais toujours, Nazaire, lui suspendre un panier sous la queue. Le fumier sera tien, s'il ne touche pas terre."
         Il faut croire que l'âne s'obstina, car, à la suite de ce jugement digne du grand roi Salomon, vingt ans durant - q
u'il s'agisse d'ânes ou d'hommes, les habitudes régulières font vivre vieux - vingt ans durant, sous les yeux des balayeurs frustrés et déçus, nous vîmes l'âne de M. Nazaire s'en aller aux champs le matin, avec un panier précisément à l'endroit où les chiens n'ont guère coutume de porter la muselière.

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Conte africain L'âne menteur

 

Un jour que Goha vaquait à ses occupations, un voisin vint frapper à sa porte pour lui demander de lui prêter son âne.

- Ah, malheureusement, je ne peux pas..., répondit Goha.
- Pourquoi ça ?
- Parce qu'on me l'a volé. Je te l'aurais prêté avec plaisir, tu le sais, car nous sommes bons amis. Hélas, je ne l'ai plus.

Le voisin compatit au malheur de Goha, quand soudain, l'âne se met à braire, dans l'écurie située derrière la maison.
- Qu'est-ce que tu me racontes ? dit le voisin. Je l'entends braire, il est bel et bien là, ton âne !
- Je te dis qu'il n'est pas là ! On me l'a volé !

L'âne se met à braire à nouveau, avec plus de force encore.

- Je l'entends braire ! dit le voisin. On ne te l'a pas volé ! Il est là !

Alors Goha s'écrie, exaspéré:

- Mais alors, tu crois mon âne ou tu me crois ?

 

La suite , la suite .....---->

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