| Le
condamné jovial FACETIE
LYONNAISE |
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Il y a trois cents ans, l'emplacement
actuel du marché de la Croix-Rousse n'était qu'un
vaste champ où venaient paître chèvres et
moutons ; parfois, cependant, le décor changeait : les
gens de justice y venaient planter une potence, afin de régler
proprement les vieux arriérés de quelque tirelaine
non repenti ou interrompre les exploits d'un coupe-bourse trop
effronté.
C'est ce qui arriva certain matin de mai, au commencement
du XVIIIe siècle.
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A la barbe de ses geôliers, il chantait
toute la journée, et quand on lui demandait : - Grospiron, c'est bien toi qui as assassiné le cabaretier de la rue Mercière ? il répondait : - Turlu... tutu... turlurette et lon lon là !... - Grospiron, avoue que tu as volé un calice d'agent à l'église d'Ainay. - Couci... couça... larirette et larira ! Les six pintes d'eau qu'on lui entonna dans la gorge, il les recracha en souriant, et le brodequin le fit à peine pâlir. Puis il chanta des refrains si cocasses, il tint des propos si drôles, que ses bourreaux s'avouèrent impuissants à le confesser. Finalement, on lui fit faire le pélerinage de la Croix-Rousse où déjà les pénitents noirs, qui l'avaient précédé d'une bonne heure, chantaient, en basse profonde, leurs psaumes accoutumés. - Voilà, déclara Grospiron en descendant de la voiture, des rigodons à porter le diable en terre. Gens de la cagoule, silence s'il vous plait ! Puis-je parler au prévôt ? Ce dernier s'approcha. - N'est-il pas vrai, mon fils, lui demanda le condamné, qu'il est coutume de ne rien refuser à ceux qui vont mourir ? Se méfiant de quelque nouvelle fantaisie du mauvais garnement, le prévôt ne se hâtait pas de répondre, quand des centaines de voix crièrent : - Oui, oui ! C'est la coutume ! - D'autant plus que ce que je désire n'est pas compliqué. - S'il ne s'agit pas de t'apporter la lune, ou d'un voyage à la Chine, dit enfin le prévôt, on pourra te satisfaire... - Le plus beau des voyages, messire, n'est-ce pas celui que je vais accomplir tout à l'heure ?... A moins que la corde ne casse ! - C'est ça, mécréant, grommela la bourrelle, tu vas encore nous porter malchance ! - Voici, reprit Grospiron, mon dernier désir : toute ma vie, j'ai chanté ; honte à moi si j'allais pleurer à mon heure dernière ! Donc, prévôt, puis-je chanter encoreun couplet avant de vous tirer la langue ? - S'il n'y a que ça pour te faire plaisir... - Très bien ! Je chanterai, mais pour ma satisfaction complète, que tout le mondre reprenne en choeur le refrain. - Chante donc, par la sandieu ! Chacun s'étant tu, Grospiron commença : "A la Croix-Rousse dans un grand pré |
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Le condamné leva un bras et tous,
bourreau, bourrelle, pénitents, avec la foule, de chanter
à la cadence indiquée par la main du condamné,
battant la mesure : Brailli-brayant Hi ! Han ! Hi ! Han ! Hi ! Han ! Hi ! Han!"
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